L'émigration

Le phénomène d’émigration a existé depuis le moyen-âge dans toutes les régions montagneuses d’Europe en raison du manque de ressources (surfaces agricoles réduites).


Les colporteurs

Dans les Alpes, l’émigration saisonnière était particulièrement importante du fait de la rudesse de l’hiver et parfois du manque de nourriture. Le terme « savoyard » a d’ailleurs été utilisé de manière péjorative afin de désigner des nomades exerçant de petits métiers.
Cependant, ces nomades originaires du Briançonnais vont petit à petit se spécialiser dans une activité marchande : le colportage.
Ainsi, de la même manière que les instituteurs louaient leurs services pendant l’hiver, de nombreux habitants du Briançonnais passaient l’hiver à voyager de vallées en vallées afin d’essayer de vendre leurs produits. Ces colporteurs se dirigent essentiellement vers le midi ou l’hiver est moins rude et se déplacent dans les différents villages qui s’offrent à eux (les magasins des villes présentant trop de concurrence). Ces marchands ambulants présentaient une grande diversité de produits : Fleurs, bulbes et racines, tissus, livres, images pieuses… D’activité saisonnière, le colportage va devenir une activité à part entière avec une spécialisation en fonction des régions.
La vallée de la Guisane (La Salle les Alpes, Saint-Chaffrey, Briançon, Le Monêtier-les-Bains...) fournira l’essentiel des colporteurs/libraires qui constitueront un réseau de libraires très puissant couvrant, au XVIIIème et XIXème toute l’Europe du sud (Au Portugal, certaines librairies portent encore le nom français de leur fondateur membre de ce réseau).
L’activité de colportage présentait aussi des difficultés logistiques. Ainsi en 1830, Claude HERMITTE, colporteur, ne pouvait se rendre au mariage de sa fille Catherine. Il a donc signé un « consentement à mariage » auprès de notaires royaux de Nîmes d’où il était de passage. Dans ce document, il autorise sa fille à se marier avec « telle personne qu’elle avisera ». Elle choisira évidemment un BARNEOUD ROUSSET (Alexandre). Pour l’anecdote, au moment du mariage de son fils Vincent, Catherine HERMITTE (devenue Catherine BARNEOUD ROUSSET) habite à Nîmes, en tant que « femme de peine » (comprendre femme employée à des fonctions domestiques) et n’assistera pas au mariage. Comme son père avant elle, elle lui adressera une autorisation écrite…




La ruée vers l’or

Le 24 janvier 1848, une première pépite d’or est découverte par hasard dans une rivière de Californie. Durant l’année 1848, les californiens puis d’autres américains se consacrent répondent à l’appel de ce qui deviendra la ruée vers l’or.
Dès le début de l'année 1849, de nouveaux immigrants venus des autres continents se pressent pour tenter leurs chances en Californie. Ils seront surnommés les forty-niners en référence à l'année (ce qui explique aussi le nom de l’équipe de football américain, les 49ers).
De toute l’Europe, ce sont les Français qui sont les plus nombreux. Ils auraient été plus de 30 000. Ces étrangers se regroupent souvent par nationalité, et des quartiers français, chinois, mexicains… se créent.
Fidèles à leur réputation, les Français sont surnommés les "Keskidees ". Ne comprenant rien d’autre que le français, ils passent leur temps à répéter « qu’est-ce qu’il dit ? »…
Cette ruée vers l’or dura environ 8 ans.


Tenter l’aventure californienne a un coût et certains n’hésiteront pas à hypothéquer leurs biens ou leurs terres et à solliciter amis et famille.
Ainsi, en 1850, Romain BARNEOUD ARNOULET (prêtre à La Grave) offre sa part d'héritage (de sa mère Rose BARNEOUD ROUSSET décédée quelques mois avant) à son frère André BARNEOUD ARNOULET de Puy-Saint-André.
Étant d’une fratrie de 7, la somme de leurs parts représente donc 2/7 de 5.000 francs soit suffisamment pour payer les 800 frs demandés par la « Compagnie franco-californiennes des mines d’or » pour faire partie des équipes de travailleurs.
Ce don ne lui aura pas porté chance. André BARNEOUD ARNOULET décédera trois ans après un « chaud et froid » chez son père à Puy-Saint-André.

De même, en 1850, Jean Laurent BARNEOUD ROUSSET (1787 – 1859) accepte d’hypothéquer une terre afin de financer le voyage de son fils Jean Laurent BARNEOUD ROUSSET.




D'autres oncles d'Amérique


En dehors des personnes citées ci-dessus ayant participé à la ruée vers l'or, d'autres natifs du Brianconnais ont tenté l'aventure de l'autre côté de l'Atlantique.

C'est le cas de Jerome Antoine BARNEOUD ROUSSET, le "suicidé de San-Francisco", déjà évoqué ici et de Jean Valentin ESCALLE.

Les photos des tombes ci-contre sont issues du site findagrave.com. La tombe de Jean Valentin est accessible ici. Celle de Jerome Antoine BARNEOUD ROUSSET est accessible via ce lien.


S'il est décédé jeune (36 ans), il semble que Jean Valentin ESCALLE ait tout de même connu une certaine réussite dans son aventure américaine. Jean Valentin n'est pas natif de Puy Saint André, il est né à Poligny en 1873. Il réside à PSA en 1893 du fait de l'activité de son père qui y est agent forestier. Il va émigrer quelques années plus tard aux Etat-Unis dans l'Utah.
Là-bas, il va prospérer dans le négoce de moutons en Utah et en Idaho. Lorsqu'il décède en 1909, il lègue sa fortune estimée à 2.000$ à son père David ESCALLE et à sa soeur (cette dernière vivant en Suisse).

Deux encarts paraitront dans la presse américaine à l'occasion de son décès :

  • Le premier pour annoncer les funérailles de Jean Valentin (paru dans The Ogden Standard le 22/12/1909),
  • le second pour détailler ses dernières volontées sous le titre : "La succession du fils ira à un père dans le denuement" ("estate of son will go to a destitute fathers" dans The Salt Lake Herald Republican du 24/12/1909).



La poudrerie de Saint Chamas

Créée en 1690, la Poudrerie Royale fonctionnera jusqu’en 1974. Petit rappel...
Louis XIV fait l’acquisition d’un terrain au nord-est de Saint Chamas afin d’y faire fabriquer de la poudre à canon. Le site est choisi car depuis le moyen-age, il existe des moulins utilisant la force de l’eau provenant de canaux de dérivation de la Touloubre. Ces moulins servait alors à produire de la farine et de l’huile. De plus, l’ouverture de l’étang de Berre sur la Méditerranée permet la circulation de marchandises. 
Rapidement le site va s’étendre et compter jusqu’à 130 hectares (en majorité sur la commune de Miramas d’ailleurs). En 1887 va débuter la fabrication de mélinite (explosif) et dès le début du XXème siècle, la poudrerie va aussi fabriquer des produits dérivés du pétrole (évolution facilitée par la présence de raffineries). Durant la première guerre mondiale, la demande en explosif est telle pour alimenter l’armée, qu’une annexe de l’usine de Saint Chamas est créée à Sorgues (décidé en 1915, commence à produire en 1916, voir plus loin).
A Saint Chamas, plusieurs accidents graves seront à déplorer durant les 300 ans d’activité du site dont un en 1936 (53 morts) et 1940. Cependant la poudrerie restera une industrie majeure de la région durant le XXème siècle (7.800 travailleurs en 1917 et environ 4.500 à la fin des années 40). La poudrerie cesse définitivement son activité le 30 juin 1974 (réorganisation de l’ensemble de la filière poudres et explosifs suite à la mise en place du marché commun européen).
Durant plusieurs années, le site est laissé à l’abandon. La friche industrielle est acquise par le conservatoire du littoral en 2001.
Durant la seconde guerre mondiale, le gouvernement a fait appel à des milliers d’indochinois pour remplacer les français partis sur le front (ce qui permettra l’introduction du riz en Camargue).
La poudrerie de Saint Chamas ne fait pas exception à la règle. Mais avant cette arrivée massive, les travailleurs de la poudrerie étaient recrutés dans des contrées beaucoup moins lointaines… dont les hautes alpes faisaient partie.




Les précurseurs

Laurent BARNEOUD ROUSSET

En dehors de l’attraction de Briançon et son usine de la schappe qui concentre un nombre important de natifs de Puy-Saint-André, c’est le midi qui représente la destination privilégiée des émigrés de Puy-Saint-André (plus de 40 % des émigrés choisissent cette région au début du XXème siècle). Et dans le midi, une petite colonie d’une dizaine de personnes s’est créée dès la fin du XIXème autour de Saint Chamas et de sa poudrerie.
Laurent BARNEOUD ROUSSET fait partie de cette colonie. Né en 1872, il va rapidement délaisser l’activité agricole pour travailler à 20 ans dans l’usine de la schappe. Il y restera deux ans avant de rejoindre les raffineries de sucre de Saint Louis à Marseille mais visiblement, ça ne lui convient pas (il n’y reste que quelques mois) et il va enchaîner différents emplois entre Marseille et Aix ainsi que son service militaire.
A la toute fin du siècle, il rejoint Saint Chamas et devient poudrier.

L’attrait pour la poudrerie pourrait s’expliquer par le fait que cette entreprise présente quelques avantages : Ouvrier dans une entreprise d’état est un statut proche de celui de fonctionnaire (garantie de l’emploi). De plus la poudrerie assure une retraite. Enfin, l’industrie de l’armement exonère d’une grande partie des obligations militaires.
Laurent va se fixer définitivement à Saint Chamas puisque le 18 Février 1901, il se marie avec Marie CHAVANNE (originaire de Chiroubles dans le Rhône), ménagère à Saint Chamas.
Quelques mois après (moins de neuf !), naîtra Denise (qui passera toute sa vie à Saint Chamas) puis Augustin (qui deviendra poudrier) et enfin Jean (décédé à 17 ans durant son apprentissage militaire).

Marie CHAVANNE


Parmi les autres habitants de Puy-Saint-André à avoir rejoint Saint-Chamas à la fin du XIXeme siècle, on peut citer Lucien André RICHARD.
Malheureusement, il décèdera 3 ans après son arrivée à la poudrerie, à l'âge de 28 ans. Son corps sera rappatrié à Puy-Saint-André. La plaque ci-contre présente au cimetière de PSA rappelle cet évènement.




L’incendie de Puy-Saint-André en 1927…

Entre les deux guerres, un évènement exceptionnel va accélérer le flux des travailleurs quittant Puy-Saint-André pour rejoindre Saint Chamas.
Dans la nuit du 8 au 9 octobre 1927, un incendie va ravager Puy-Saint-André. Une page de ce site est consacrée à cet évènement, vous pouvez y accéder en cliquant ici.
Cet évènement aura des conséquences très importantes sur la population de Puy-Saint-André. En effet, à la suite de l’incendie, plus de 300 personnes sont sans abris ni ressources. Par le biais des natifs de hautes alpes déjà présents sur Saint Chamas, va se mettre en place un exode massif. Une trentaine de personnes vont être embauchées à la poudrerie et vont venir s’installer sur Saint Chamas avec leurs familles soit plus d’une centaine d’anciens habitants de Puy-Saint-André (qui devait en compter environ 400 à cette époque).
Plus tard une association sera créée afin de regrouper les habitants originaires du Briançonnais (qui formeraient une colonie de plus de 200 membres). Au milieu du XXème, la majorité des habitants originaires de Puy-Saint-André forment un « groupe aisé de petits cultivateurs-poudriers, excellent exemple de réussite due aux qualités montagnardes » (source : Bravard M. L'émigration récente en France de quelques hautes communes du Briançonnais. In: Revue de géographie alpine, tome 35, n°4, 1947. pp. 747-758;).




… L’explosion de Saint Chamas en 1936

Le 16 novembre 1936, l’explosion du bâtiment 104 de la poudrerie nationale fit 53 morts et 200 blessés.
Des obsèques nationales auront lieu pour les victimes de cette explosion (dont le directeur).

Si aucun BARNEOUD ne fait partie de la liste des décédés au moins un (Pierre BARNEOUD) compte parmi les blessés.

De plus, plusieurs familles de Puy-Saint-André sont touchées par ce drame dont certaines familles qui avaient fui leur village après l’incendie de 1927.




Sorgues

En 1915, la poudrerie de Saint Chamas a atteint ses limites en terme de production militaire. Or celle-ci n'est pas suffisante pour répondre à l'effort de guerre. Il est donc décidé de construire une nouvelle usine et c'est à Sorgues qu'elle sera installée.
Dès 1916 démarre la production d'explosifs dans ce qui est une annexe de la poudrerie de Saint Chamas (Ce n'est qu'en 1918, qu'elle deviendra la Poudrerie Nationale de Sorgues). Elle compte alors environ 6.000 employés dont de nombreux soldats. Durant la seconde guerre mondiale ces effectifs seront complétés par des travailleurs indochinois réquisitionnés pour venir travailler en France.
En 1939, 20.000 indochinois ont été rappatriés de force en France pour venir suppléer la main d'oeuvre parti au front. Ils ne pourront pas rentrer dans leur pays avant plusieurs années. Durant cette période ils seront parqués dans des camps au quatre coins du pays. Le plus grand de ces camps était justement à Sorgues.
Parmi ces 20.000 travailleurs indochinois, une partie participera à relancer la culture du riz en Camargue. Et c'est justement par le biais de cette histoire liée au riz en Camargue, qu'un certain nombre de documentaires/articles/études ont vu le jour ces dernières années et ainsi contribué à la reconnaissance de ce drame humain.
Plus d'informations sur la poudrerie de Sorgues sur le site des Etudes Sorguaises.

Augustin BARNEOUD-ROUSSET a été l'un des employés de la poudrerie de Sorgues.
Augustin est le fils de Laurent qui avait été l'un des premiers de Puy-Saint-André à rejoindre la poudrerie de Saint-Chamas.
Né en 1905 à Saint-Chamas, Augustin rejoindra la poudrerie de Sorgues entre les deux guerres et y fera toute sa carrière.


La Tour d'Aigues

Au début du XXème, juste après la première guerre mondiale, une autre vague d'émigration, plus réduite, va démarrer de nouveau vers le sud à destination de la Tour d'Aigues. Son origine est assez particulière.
En effet, avant les trois mandats successifs d'Elie Auguste BARNEOUD-CHAPELIER, il y avait seulement un chemin muletier pour relier Puy Chalvin au chef lieu (encore un sentier pédestre aujourd’hui).
C'est lui qui a fait réaliser la route actuelle de Puy Saint André à Puy Chalvin.
Cette réalisation, qui ne figure donc pas sur l'ancien cadastre, lui a valu de très nombreuses critiques. En effet, il était tenu pour responsable d'avoir fait supprimer trop de bonnes parcelles!
A cette époque, cette route n'était, semble-t-il, pas considérée comme indispensable par les administrése... Qui voudrait revenir en arrière aujourd'hui sur son existence?
En tout cas, Elie Auguste aurait mal supporté ces critiques. Un jour en descendant moudre son blé au moulin à Briançon, son propriétaire, Monsieur FAURE, lui aurait donné la possibilité, grâce à ses relations, d'aller cultiver la terre dans une grande ferme (La Gassaude). Voilà l’origine des BARNEOUD dans cette nouvelle commune de La Tour d'Aigues...